Trois devis ou une seule entreprise au juste prix ?
« Faites faire trois devis » : le conseil est répandu, mais il ne fonctionne que si les trois chiffrent la même chose. Fixer d'abord un descriptif et un prix de référence, puis trouver l'entreprise qui l'accepte, évite les comparaisons impossibles.
À retenir : aucune règle n’oblige un particulier à demander trois devis. Ce qui compte, c’est de pouvoir juger un prix, et un devis ne se juge qu’au regard d’un descriptif précis : quantités, gammes, prestations incluses, taux de TVA ligne par ligne. Deux méthodes y parviennent : envoyer le même descriptif à plusieurs entreprises, ou établir d’abord un prix de référence poste par poste puis chercher l’entreprise qui l’accepte. Dans les deux cas, un devis signé devient un contrat : il doit contenir les mentions obligatoires et être accompagné de l’attestation d’assurance décennale.
Pourquoi trois devis ne se comparent presque jamais
Sans descriptif commun, chaque entreprise chiffre sa propre version du projet. L’une inclut la dépose et l’évacuation des gravats, l’autre non ; l’une prévoit un carrelage fourni avec un prix unitaire, l’autre un « carrelage au choix du client » sans prix ; l’une applique 10 % de TVA partout, l’autre 20 % sur les fournitures. Les trois totaux ne mesurent pas la même chose. Le devis le moins cher est souvent celui qui a le plus oublié, et les oublis reviennent en cours de chantier sous forme d’avenants.
S’ajoute un effet de calendrier : les prix bougent. L’indice Insee des prix des travaux d’entretien-amélioration des bâtiments résidentiels a progressé de 2,1 % sur un an au deuxième trimestre 2026, avec des écarts selon les métiers (menuiserie +3,4 %, plâtrerie −0,4 %). Un devis vieux de plusieurs mois n’est plus comparable à un devis frais.
Ce qu’un devis doit contenir pour être lisible
Pour les prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le bâtiment, l’arrêté du 24 janvier 2017 impose un devis écrit dès le premier euro, avec un contenu précis. Ce contenu est la bonne grille pour n’importe quel devis de travaux :
- date du devis et identité complète de l’entreprise (nom, adresse, numéro d’immatriculation) et du client, lieu d’exécution ;
- nature exacte des travaux, décompte détaillé des quantités et des prix unitaires ;
- frais de déplacement, total HT et TTC avec le taux de TVA appliqué ;
- durée de validité du devis et indication de son caractère gratuit ou payant.
Deux pièces doivent l’accompagner. L’attestation d’assurance décennale, obligatoirement jointe au devis et à la facture depuis le 1er juillet 2016 (loi du 6 août 2015, modèle fixé par arrêté du 5 janvier 2016) : vérifiez la période de validité et la liste des activités couvertes. Et, pour un logement achevé depuis plus de deux ans, la mention relative à la TVA à taux réduit : depuis la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 41), elle remplace l’ancienne attestation Cerfa et doit figurer sur le devis ou la facture.
L’alternative : un prix de référence avant l’entreprise
Au lieu de demander aux entreprises de deviner le projet, on le décrit d’abord, poste par poste, avec ses quantités et son niveau de gamme, et on lui attribue un prix au tarif courant du marché. Ce prix de référence sert ensuite de mesure : on cherche une entreprise qui l’accepte, et chaque ligne de son devis se lit face à la ligne correspondante de l’estimation. Un écart n’est plus une surprise, c’est une question précise à poser : pourquoi la ligne « tableau électrique » est-elle supérieure ? Est-ce une différence de matériel, de quantité, ou une prestation que l’estimation n’avait pas prévue ?
Cette méthode a une contrepartie : elle suppose un descriptif sérieux et une connaissance des prix du marché. C’est le travail d’un courtier ou d’un maître d’œuvre, pas celui d’un particulier un dimanche soir.
Cas concret : une maison des années 1930 dans les Yvelines
Un propriétaire veut refaire la salle de bains, la cuisine et l’électricité d’une maison de 95 m² construite en 1932. Il demande trois devis « pour tout refaire ».
- Le premier devis, le moins cher, ne prévoit ni dépose ni évacuation, laisse le choix du carrelage « au client » sans prix de fourniture, et applique 10 % de TVA sur tout, meubles de cuisine compris.
- Le deuxième, nettement plus cher, inclut un repérage amiante avant travaux (l’immeuble date d’avant 1997), la reprise complète du tableau électrique et un meuble vasque de gamme intermédiaire chiffré.
- Le troisième se situe entre les deux mais n’a pas d’attestation décennale jointe et ne mentionne aucune durée de validité.
Le raisonnement : le premier devis est incomplet, pas moins cher, et son taux de TVA uniforme est un signal d’alerte (les équipements ménagers et les meubles non incorporés au bâti relèvent du taux normal). Le troisième est juridiquement fragile tant que l’attestation manque. Le deuxième est le seul qui décrive réellement le chantier ; il reste à vérifier, ligne par ligne, que ses quantités correspondent aux surfaces de la maison et que le prix de chaque poste est dans le marché. C’est exactement ce que permet un prix de référence établi au préalable.
Checklist : demander et lire un devis
- Rédigez un descriptif par pièce et par poste : ce qui est déposé, ce qui est refait, les quantités (m², mètres linéaires, nombre de points électriques), la gamme attendue. Transmettez le même document à chaque entreprise consultée.
- Demandez un devis détaillé (modèle de courrier ci-dessous) avec prix unitaires et taux de TVA par ligne, et l’attestation décennale jointe.
- Contrôlez l’entreprise : le numéro SIREN figurant sur le devis doit correspondre à une entreprise en activité ; l’attestation décennale doit être en cours de validité et couvrir les activités du projet.
- Relisez le périmètre : dépose, évacuation, protections, nettoyage, raccords de peinture, sont-ils écrits ? Ce qui n’est pas écrit n’est pas vendu.
- Vérifiez la TVA : 10 % sur la main-d’œuvre et les matériaux posés dans un logement de plus de deux ans, 20 % sur les équipements ménagers et le mobilier non incorporé, et la mention de taux réduit sur le devis.
- Datez votre décision : un devis a une durée de validité ; au-delà, l’entreprise peut revoir ses prix.
- Si vous signez chez vous, vous avez 14 jours pour vous rétracter et aucun paiement ne peut être exigé avant 7 jours (Code de la consommation, articles L221-18 et L221-10).
Les erreurs fréquentes
- Choisir le total le plus bas. Conséquence : les postes oubliés reviennent en avenants, souvent à un prix que vous n’êtes plus en position de négocier, chantier commencé.
- Accepter un devis « forfait » sans quantités. Conséquence : impossible de vérifier ce qui a été réellement posé, ni de contester une ligne à la réception.
- Signer sans l’attestation décennale. Conséquence : en cas de sinistre dans les dix ans, vous découvrez peut-être que l’activité n’était pas couverte ou que la police avait expiré.
- Laisser passer un taux de TVA uniforme à 10 %. Conséquence : redressement possible chez l’entreprise, et facture rectifiée à 20 % sur les lignes concernées.
- Mettre dix entreprises en concurrence. Conséquence : les plus demandées ne répondent plus, et vous perdez les meilleures.
Outil : modèle de demande de devis détaillé
Objet : demande de devis détaillé — travaux de rénovation, [adresse du chantier]
Madame, Monsieur,
Je souhaite obtenir un devis pour les travaux décrits dans le descriptif joint ([nombre] pages), portant sur [pièces concernées] d’un logement achevé depuis plus de deux ans.
Merci d’établir un devis comportant, pour chaque poste : la désignation précise de l’ouvrage, la quantité et l’unité, le prix unitaire HT, le total HT, le taux de TVA appliqué et le total TTC. Merci d’indiquer séparément la dépose, l’évacuation des gravats, les protections, le nettoyage de fin de chantier et les éventuels frais de déplacement.
Merci de joindre votre attestation d’assurance de responsabilité décennale en cours de validité, mentionnant les activités couvertes, ainsi que la durée de validité du devis, la date de démarrage envisagée et la durée prévisionnelle des travaux.
Je reste disponible pour une visite sur place le [dates].
Cordialement, [nom, téléphone]
Chez Martto
Martto applique la seconde méthode : le projet est chiffré poste par poste au prix du marché (estimation en ligne, puis visite d’un Conseiller Travaux), puis proposé à une seule entreprise vérifiée qui accepte ce prix. Son devis est comparé ligne à ligne à l’estimation avant votre signature, et vous contractez directement avec elle. Si aucune entreprise n’accepte le prix, nous vous le disons : vous ajustez le projet ou en restez là, sans frais. Les rôles respectifs sont détaillés dans notre article sur le rôle du courtier en travaux et sur la page comment ça marche.
Estimer mes travaux poste par poste, gratuitement et sans engagement.
Questions fréquentes
Un devis peut-il être payant ?
Oui. Pour les prestations de dépannage, réparation et entretien, le professionnel doit vous informer du coût éventuel du devis avant toute intervention, et le devis doit indiquer lui-même s’il est gratuit ou payant. Demandez cette information dès le premier contact, avant tout déplacement.
Que vaut un devis une fois signé ?
Il devient le contrat de travaux : l’entreprise est tenue par le prix, le périmètre et les délais écrits. Toute modification passe par un avenant signé des deux parties, ce qui protège aussi bien l’entreprise que vous.
Et si l’entreprise propose un prix supérieur à l’estimation ?
Chaque écart est examiné avec elle : différence de quantité, de matériel, ou prestation absente de l’estimation. S’il est justifié, l’estimation est corrigée et vous décidez ; s’il ne l’est pas, le projet est proposé à une autre entreprise.
Puis-je quand même consulter d’autres entreprises ?
C’est votre droit. Le prix de référence reste utile dans ce cas : il vous permet de lire chaque devis avec le même repère, poste par poste, au lieu de comparer des totaux qui ne couvrent pas le même périmètre.